Introduction
Aujourd'hui, il y a un déficit d'offre dans le marché des crédits carbone qui donne des prévisions largement haussières et pouvant ainsi représenter une opportunité d'investissement significative pour le capital privé.
Q: Pourriez-vous expliquer en quoi consiste la finance carbone et comment cela s'inscrit dans le cadre des investissements dans le capital naturel ?
La finance carbone correspond à des instruments financiers, qu'il s'agisse de dette ou de fonds propres, qui utilisent les crédits carbone comme sous-jacents. En d'autres termes, la finance carbone apporte des financements à des projets qui vont réduire ou séquestrer les émissions de CO2. Concrètement, les solutions peuvent être technologiques, comme l'énergie renouvelable, l'efficacité énergétique ou des solutions naturelles comme la reforestation ou la protection de mangroves. Quand il s'agit de solutions naturelles, la finance carbone peut dès lors entrer dans le secteur plus vaste du capital naturel.
Q: Le marché des crédits carbone a été décrit comme un « Far-West » par les critiques. Cela a-t-il changé et comment ?
Les mécanismes de crédits carbone ont existé depuis plus de 20 ans. Et nous avons tous lu dans les journaux quelques articles faisant référence à des scandales ou des controverses. Mais celles-ci restent mineures à l'échelle du marché et surtout depuis 5 ans, nous avons vu un accroissement des standards et de l'intégrité du marché. D'une part, avec les Core Carbon Principles adoptés par le mécanisme ICVCM, le principal organe de gouvernance du marché volontaire, et d'autre part sur le marché réglementaire avec l'adoption du Paris Agreement Crediting Mechanism, qu'on appelle également le PAC-M, qui vise également à renforcer les standards de marché internationaux. Par ailleurs, le marché lui-même s'est structuré avec un écosystème de développeurs de projets de plus en plus solide, des solutions technologiques, des plateformes, des fournisseurs de services, des assureurs qui viennent renforcer la fiabilité du marché au-delà de l'amélioration des standards eux-mêmes.
Q: La demande pour les crédits carbone a-t-elle évolué récemment ?
La demande pour les crédits carbone a significativement augmenté ces dernières années. D'un point de vue réglementaire, de plus en plus d'États, utilisent les crédits carbone pour atteindre leur cible dans le cadre de l'accord de Paris. C'est le cas notamment de l'Union européenne qui a pris la décision d'utiliser jusqu'à 5% de crédits carbone pour satisfaire sa cible de 2040. D'un autre côté, les corporates, engagées dans des stratégies net zéro, utilisent également davantage de crédits carbone. Cela a été en particulier le cas dans le cadre du net zéro standard SBTI, qui est le cadre de référence pour les stratégies bas carbone des entreprises, et qui donne une place plus importante aux crédits carbone dans sa dernière version.
Q: Que se passe-t-il au niveau européen ? Quelles sont les tendances dans le reste du monde ?
Le développement du marché des crédits carbone est véritablement international. Au-delà des engagements de l'Union européenne d'utiliser jusqu'à 5% de crédits carbone pour sa cible de 2040, nous voyons aussi un dynamisme très fort en Amérique du Nord avec notamment les grands acteurs de la tech qui sont engagés dans le cadre de coalitions à acheter massivement des volumes de crédits carbone. Et d'autre part en Asie, avec des gouvernements tels que Singapour et le Japon, qui introduisent la possibilité pour les entreprises soumises à des contraintes de réduction d'émissions d'utiliser les crédits carbone comme instrument de flexibilité.
Q: A quels événements et tendances de marché êtes-vous particulièrement attentif pour le futur de votre activité ?
En termes de tendance de marché, nous voyons un appétit renforcé pour les solutions fondées sur la nature, les crédits carbone générés par des projets tels que la reforestation, la protection de mangroves et la restauration de tourbières contribuent non seulement aux objectifs net zéro des entreprises, mais peuvent aussi contribuer à leur stratégie nature positive. Par ailleurs, nous voyons également sur le marché une convergence entre les cadres réglementaire et volontaire pour une plus grande interopérabilité et à terme une plus grande profondeur et de la liquidité du marché.
Q: Quel rôle jouent les investisseurs institutionnels dans ce marché ? Le financement du capital naturel et du carbone sont-ils un secteur en plein essor ?
Dans ce contexte, le rôle des investisseurs institutionnels est crucial. À la fois, c'est un besoin et une opportunité. S'agissant du besoin, il y a une mobilisation de capitaux massive requise pour financer les projets permettant d'atteindre la cible de l'accord de Paris. Nous parlons en centaines de milliers d'hectares qui doivent être restaurés par des projets de reforestation et de renaturation. Mais il ne s'agit pas seulement d'un besoin, c'est également une véritable opportunité. Aujourd'hui, il y a un déficit d'offre dans le marché des crédits carbone qui donne des prévisions largement haussières et pouvant ainsi représenter une opportunité d'investissement significative pour le capital privé. Le secteur des solutions fondées sur la nature adoptant de plus en plus les techniques de financement de projets traditionnels, elles permettent ainsi aux investisseurs institutionnels d’avoir l’opportunité de diversifier leur portefeuille infrastructure avec des infrastructures naturelles.