Je suis ravi de vous retrouver pour cette question consacrée à la crise au Moyen-Orient et ses conséquences possibles sur les trajectoires de croissance, d'inflation, de politique monétaire et sur les portefeuilles d'investissement. Nous allons examiner les changements que nous avons introduits pour tenir compte de cette situation.
Cette crise au Moyen-Orient renvoie à un choc énergétique, qui se traduit par une augmentation significative des prix du gaz depuis le conflit entre l'Iran et les États-Unis. Cependant, contrairement à la crise ukrainienne de 2022, les prix du gaz n'ont pas augmenté de manière aussi spectaculaire. Dans cette crise actuelle, nous ne faisons pas face à une crise de quantité, car nous avons toujours accès au gaz, mais plutôt à une crise de prix.
Il est important de noter qu'en 2022, il n'y avait plus de gaz russe circulant en Europe, créant une situation sans précédent pour la zone euro.
Le prix du baril a également réagi, dépassant temporairement les 100 dollars, notamment pour le Brent. La question clé est de savoir si nous allons durablement rester au-dessus de ce seuil. La réponse aura des conséquences différentes sur l'inflation (y compris l'inflation sous-jacente et les effets de second tour) et, par conséquent, sur la réaction des politiques monétaires.
Les anticipations de marché concernant l'évolution des prix du baril sur les 12 prochains trimestres indiquent une possible baisse vers 80 dollars d'ici la fin de l'année. Ce niveau de 80 dollars est pertinent, car il correspond à un seuil que les économies peuvent encore absorber, et les scénarios de risque de la BCE sont souvent calibrés autour de ce niveau.
En considérant un prix du baril de 80 dollars, nous avons calculé les projections d'inflation. Pour la zone euro, l'inflation en décembre devrait avoisiner les 2,9 %. Aux États-Unis, elle dépasserait les 3 %, atteignant 3,6 % en décembre 2026. Il est important de noter que ce ne sont pas des inflations moyennes, mais des inflations de fin d'année, dépassant l'objectif des banques centrales de 2 %.
Il est prématuré de dire si les banques centrales vont ajuster leur politique monétaire en réponse à ce risque inflationniste. De plus, ce risque est d'origine exogène. Contrairement à 2022, où il y avait une pénurie de gaz, ici, il s'agit d'un choc d'offre négatif affectant uniquement les prix, les quantités restant disponibles. Bien que le détroit d'Ormuz soit un point de transit important pour le pétrole (environ 20 millions de barils par jour), la proportion transitant vers les États-Unis et la zone euro est marginale. L'impact sur les quantités est donc minime, tandis que l'effet prix est direct et immédiat sur l'inflation.
Si les prix du baril reviennent à 80 dollars, il n'y a pas de risque de sortie structurelle de l'inflation, et la situation en 2026 ne devrait pas être comparable à celle de 2022. Par conséquent, les banques centrales devraient se montrer prudentes dans leur réaction.
Parallèlement à ces événements, nous observons une augmentation significative des taux d'intérêt à long terme, tant en zone euro qu'aux États-Unis, attribuée aux pressions inflationnistes et à la perception du marché. Cependant, les taux d'intérêt réels à long terme ont baissé, notamment aux États-Unis et plus modestement en zone euro. Cette baisse des taux réels reflète la perception d'une diminution de la croissance économique pour 2026. Le marché anticipe une baisse du niveau de croissance et d'activité dans les deux régions.
Les banques centrales devront trouver un équilibre : combattre l'inflation tout en soutenant la croissance économique. La Fed a déjà indiqué que la préservation du marché du travail est une priorité, surtout après la destruction d'emplois aux États-Unis. Le ton des banques centrales, y compris la BCE, sera probablement mesuré, dépendant des données économiques futures.
Bien que le risque inflationniste et les effets de second tour existent si la crise au Moyen-Orient persiste, le principal risque pour les banques centrales sera la contraction du cycle d'activité.
En ce qui concerne nos portefeuilles, nous avons augmenté significativement notre exposition au marché américain. L'économie américaine nous semble plus immunisée contre le choc énergétique. De plus, les valorisations du secteur technologique, qui ont généré beaucoup de discussions, sont actuellement très basses et méritent notre attention. Si la croissance économique est mise à l'épreuve en 2026, l'Europe sera davantage touchée que les États-Unis en raison de notre dépendance.
Enfin, nous restons positifs sur la partie émergente, notamment l'Amérique latine, qui sera protégée de la crise énergétique en tant qu'exportatrice d'énergie. Nous sommes également confiants dans le secteur technologique, et par extension, dans les pays d'Asie émergente qui y sont liés. Dès que les incertitudes concernant le conflit au Moyen-Orient seront levées, il y a de fortes chances que ce secteur reparte à la hausse.