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Obligations

ABS européens : un changement générationnel d’allocation ?

mai 05, 2026 - 6 min
ABS européens : un changement générationnel d’allocation ?

Sébastien André
Portfolio Manager, Euro ABS
Loomis, Sayles & Company

 

Les investisseurs institutionnels ont été largement tenus à l’écart des marchés des titres adossés à des actifs (ABS) pendant près de vingt ans.

Les allocations aux ABS ont été freinées par une exigence réglementaire élevée de fonds propres sur ces actifs et par une multitude de formalités administratives qui, ensemble, ont rendu cette classe d’actifs peu attrayante pour les investisseurs institutionnels. 

Ces obstacles ont découragé les investisseurs institutionnels conscients de la capacité des ABS à préserver la valeur et à générer des rendements supérieurs à ceux des obligations d’entreprises de notation équivalente. 

Mais le paysage des ABS est sur le point de changer. Consciente de la nécessité de relancer la compétitivité dans l’ensemble de l’UE, la Commission européenne a proposé des mesures visant à orienter l’épargne des ménages vers des investissements productifs, les ABS figurant en tête de liste. 

Les assureurs devraient ressentir les avantages de cette initiative de la Commission dès le début de l’année 2027, leur permettant de participer à un marché dont la taille devrait doubler d’ici la fin de la décennie. 

 

La titrisation à la peine depuis la crise financière mondiale

Le marché européen de la titrisation peine à retrouver son équilibre depuis que la crise financière mondiale a provoqué un effondrement des émissions.

Avant la crise, les émissions s’élevaient à un niveau satisfaisant de 300 à 500 milliards d’euros par an, mais depuis, elles plafonnent en moyenne à 150 milliards d’euros par an. Cette situation s’explique d’une part par une perte de confiance des investisseurs et d’autre part par la réponse réglementaire post-crise, qui a délibérément étouffé le marché. 

Dès 2019, des efforts ont été déployés pour rétablir la réputation de la titrisation. Le règlement européen sur la titrisation (SECR) a introduit le label « simple, transparent et standardisé » (STS) afin de promouvoir les titrisations de haute qualité, en particulier les ABS de premier ordre et les titres adossés à des créances hypothécaires résidentielles (RMBS, pour Residential Mortgage-Backed Securities). L’objectif du label STS était de renforcer la confiance des investisseurs tout en offrant un traitement réglementaire et prudentiel allégé.

Mais les réformes n’ont pas été suffisamment poussées et les émissions sont restées modérées.

 

Pourquoi la Commission encourage la croissance des ABS

Les efforts de relance ne se sont véritablement intensifiés que ces deux dernières années, après que la Commission européenne a identifié la titrisation comme un mécanisme clé pour orienter l’épargne des ménages vers des investissements productifs. L’objectif de la Commission est de promouvoir les investissements vecteurs de croissance de l’économie réelle.

Actuellement, les banques assurent 70 % du financement total en Europe, contre seulement 30 % aux Etats-Unis. Cela freine le développement économique dans l’Union européenne.

« Il est important d’inverser ce ratio afin que seulement 30 % du financement européen soit assuré par les banques et 70 % par le secteur privé », déclare Sébastien André, gérant de portefeuille au sein de l’équipe Crédit hypothécaire et financement structuré chez Loomis, Sayles & Company, une société affiliée de Natixis Investment Managers. « Pour y parvenir, il faut approfondir les marchés financiers et, en particulier, ceux des actifs titrisés. »

Dans le cadre de l’Union de l’épargne et de l’investissement (UEI) qui en a découlé, mise en œuvre en 2025, la réforme de la titrisation a été érigée en priorité législative numéro un, dans le but d’exploiter le potentiel du marché des ABS pour libérer la capacité de prêt des banques, redistribuer le risque de crédit vers les marchés de capitaux et diversifier les portefeuilles des investisseurs.

 

Pourquoi les investisseurs devraient s’y intéresser : les arguments en faveur des ABS

Pour rappel, la titrisation permet aux banques de regrouper des paniers de prêts, généralement adossés à l’immobilier, à l’automobile ou aux PME. Ce panier est ensuite noté et coté en bourse, transformant ainsi des actifs illiquides en un titre négociable et doté d’une liquidité importante.

Alors, pourquoi les assureurs européens et les autres institutions européennes devraient-ils prêter attention aux réformes proposées et à une éventuelle reprise du marché des ABS ? En un mot, les ABS européens de haute qualité peuvent contribuer à stabiliser un portefeuille et à le protéger contre l’inflation.

L’histoire récente illustre leur capacité à stabiliser les portefeuilles. Par exemple, lors de la première semaine de mars 2020, lorsque la Covid a semé la panique sur les marchés, les prix des obligations senior européennes ont chuté d’environ 5 % et ceux des obligations à haut rendement ont reculé de 10 %. Les prix des ABS européens, en revanche, sont restés quasi stables.

De même, lors de la crise du financement adossé au passif de mars 2022, les obligations investment grade et high yield ont subi une correction de 15 %, tandis que les ABS européens ont bien résisté. Ils n’ont pas non plus été affectés par les droits de douane imposés par Trump en octobre 2025.

Du point de vue de la protection contre l’inflation, les ABS présentent également des caractéristiques intéressantes. « Les ABS sont des produits à taux variable, ils n’ont donc aucune sensibilité aux variations de taux d’intérêt... La décorrélation vis-à-vis des taux est particulièrement pertinente pour les investisseurs dans un contexte de géopolitique inflationniste », explique Sébastien.

Les perspectives de rendement sont également très intéressantes. Les ABS européens offrent une prime de spread structurelle significative par rapport à des obligations de notation équivalente. Par exemple, les obligations d’entreprises notées AAA offrent actuellement (début 2026) un spread d’environ 22 points de base au-dessus du taux interbancaire, tandis que les ABS notés AAA affichent des spreads proches de 61 points de base.

Enfin, les ABS européens peuvent réduire la volatilité d’un portefeuille grâce à leur profil de duration de deux à trois ans, contre quatre à cinq ans pour les obligations d’entreprises.

 

Un assouplissement des règles se profile

Afin de favoriser le développement de la titrisation, la Commission propose d’assouplir les règles STS, de modifier le règlement sur les exigences de fonds propres (Capital Requirements Regulation) et de réviser le cadre du ratio de couverture des besoins de liquidité. Une proposition complémentaire visera à assouplir les exigences de fonds propres applicables aux assureurs dans le cadre de la directive Solvabilité II.

Ces initiatives ont pour objectif de réduire les contraintes opérationnelles et réglementaires pesant sur les banques, les assureurs et les émetteurs, en rapprochant davantage la titrisation du fonctionnement du marché des obligations d’entreprises.

Actuellement, les investisseurs font face à un processus contraignant avant tout achat de titrisation, nécessitant une documentation abondante et de nombreux contrôles de conformité. Dans le cadre du nouveau dispositif, la due diligence sera proportionnée au profil de risque de l’investissement et davantage fondée sur des principes. Par ailleurs, les investisseurs n’auront plus besoin de vérifier la plupart des informations, pour autant que la contrepartie soit établie et supervisée au sein de l’Union européenne.

Les obligations de reporting des émetteurs seront également allégées. Les modèles actuels sont coûteux et complexes, et comportent de nombreux champs obligatoires. La proposition vise à réduire ces champs d’au moins 35 %.

« À notre avis, ces propositions sont crédibles et s’attaquent aux principaux obstacles, tels que les coûts opérationnels et de mise en conformité excessifs, ainsi qu’une politique trop prudente pour les actifs à faible risque », déclare Sébastien. « Elles favoriseront une participation plus large des émetteurs et renforceront la liquidité du marché. »

 

Perspectives d’un changement générationnel dans les allocations des assureurs

L’un des axes principaux de la proposition est la révision du Capital de solvabilité requis (SCR, pour Solvency Capital Requirement), qui constitue une composante essentielle de Solvabilité II et définit le montant de capital que les compagnies d’assurance et de réassurance de l’UE doivent détenir. Le projet de règlement prévoit une réduction des exigences de capital pour les titrisations senior, qu’elles soient STS ou non STS.

« Ces changements amélioreront sensiblement le profil risque-rendement des titrisations senior, les rendant plus compétitives par rapport à d’autres instruments obligataires », explique Sébastien. 

Plus précisément, les titrisations senior STS seront alignées sur les obligations garanties et le traitement des titrisations senior non STS s’alignera sur celui des obligations d’entreprises notées BBB.

À l’heure actuelle, le marché combiné des ABS de l’UE et du Royaume-Uni s’élève à 570 milliards d’euros, ce qui ne représente que 2 % de l’économie européenne. À titre de comparaison, le marché de la titrisation aux États-Unis représente plus de 10 % du PIB. Morgan Stanley prévoit qu’avec une mise en œuvre complète, les marchés européen et britannique pourraient atteindre 1 200 milliards d’euros d’ici 2030. 

L’impact sur les portefeuilles des assureurs pourrait être transformateur. Actuellement, les compagnies d’assurance-vie européennes allouent moins de 1 % de leurs actifs à la titrisation, un chiffre bien inférieur aux 17 % détenus par les compagnies d’assurance-vie américaines. L’opportunité pour les institutions européennes d’augmenter leurs allocations est évidente. 

 

Des échéances rapprochées

Pour les assureurs, l’opportunité est imminente. L’amendement de Solvabilité II entrera en vigueur le 30 janvier 2027.

En ce qui concerne les réformes plus larges, la BCE a exprimé son soutien en décembre 2025 et le Parlement européen devrait examiner ces réformes d’ici la fin du deuxième trimestre 2026.  Ensuite, l’Autorité bancaire européenne et les autorités de surveillance européennes publieront des normes techniques et des orientations d’ici mi-2026.

Les nouvelles règles devraient entrer en vigueur au début de l’année 2027, conjointement aux amendements de Solvabilité II.

« Bien que les échéances ne soient pas totalement arrêtées, les réformes bénéficient d’une forte dynamique politique et nous anticipons un changement significatif dans les allocations d’actifs en 2027 et au-delà », déclare Sébastien.

 

Prêt à redémarrer

Le marché européen des ABS semble donc prêt à redémarrer. « Il s’agira d’un changement majeur, le plus important que nous ayons observé depuis des années », déclare Sébastien.

Ces évolutions réduiront les frictions tant pour les émetteurs que pour les investisseurs, ce qui incitera fortement à une plus grande distribution et à une participation accrue des investisseurs.

« Les propositions visent à stimuler les éléments clés de tout marché : davantage de participants, une liquidité accrue, une meilleure tarification et le potentiel de structures innovantes », ajoute Sébastien.

 

Écrit en avril 2026

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