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Obligations

Rendement, diversification : pourquoi le crédit émergent a toute sa place dans le portefeuille d’un assureur

juin 02, 2026 - 8 min
Rendement, diversification : pourquoi le crédit émergent a toute sa place dans le portefeuille d’un assureur

Dilawer Farazi, ACA
Co-Head of the Emerging Markets Debt Team, Portfolio Manager
Loomis Sayles

Selon Loomis Sayles, la dynamique favorable au crédit émergent, alimentée par de solides fondamentaux, devrait se poursuivre.

Dans cet entretien, Dilawer Farazi, gérant de portefeuille, co-responsable de l’équipe de gestion dette émergente, Loomis, Sayles & Cie, nous livre son analyse sur les différents relais de croissance que les pays émergents peuvent continuer d’offrir dans un monde où tout change de plus en plus vite.

Alors que les écarts de croissance entre les économies émergentes et développées évoluent, Dilawer Farazi explique pour quelles raisons les investisseurs devraient s’exposer aux pays émergents, dont le potentiel est sous-estimé. Le nouvel équilibre entre les risques et les perspectives de croissance hors des États-Unis offre selon lui de belles opportunités d'investissement, notamment du côté des obligations d’entreprises des marchés émergents. De solides fondamentaux, des facteurs techniques favorables et un champ d’opportunités variées constituent autant de possibilités de diversification pour les compagnies d’assurance.

 

Ces dernières années, les marchés émergents ont pâti d’un contexte macroéconomique difficile. Comment évaluez-vous l’état actuel des marchés de la dette et du crédit des pays émergents ? Quelles nouvelles opportunités avez-vous identifiées en particulier ?

Dilawer Farazi (DF) : Je dirais que l’économie mondiale dans son ensemble a été confrontée à des événements difficiles ces dernières années, et les marchés émergents n’ont pas été épargnés. J’ajouterais qu’il est délicat de parler des obligations de marchés émergents comme d’une seule classe d’actifs alors qu’on y trouve plus de 55 pays différents. C’est pour moi une erreur de considérer les marchés émergents comme une classe d’actifs homogène.

S’agissant de la dette des marchés émergents, la tendance générale observée pour la plupart de ces pays découle de l’amélioration des structures économiques. Les réformes structurelles mises en œuvre par de nombreux pays visent notamment une politique monétaire plus disciplinée, un cadre budgétaire et une maitrise de l’inflation. Les décideurs politiques ont élargi leurs marges de manœuvre et défini un cadre plus flexible pour gérer les chocs. Nombre de ces pays ont constitué de solides réserves de change pour faire face aux difficultés potentielles. Nous avons également constaté des changements dans le financement structurel de nombreuses entreprises et institutions des pays émergents, à commencer par une hausse des financements en devise locale, lesquels contribuent à protéger les emprunteurs des fluctuations de la Réserve fédérale (Fed) et du dollar américain. Les pays devraient ainsi améliorer la soutenabilité de leur dette.

Ces réformes structurelles attirent des flux de capitaux qui, à leur tour, renforcent le cadre de confiance et soutiennent des investissements domestiques plus importants, contribuant ainsi à une plus grande productivité et une hausse des revenus. Ce cercle vertueux est très intéressant. La situation démographique avantageuse de ces pays, facteur de soutien à la croissance économique comparativement aux pays développés, est un autre atout. Bien que dans son rapport sur la croissance mondiale d’avril 2026, le FMI ait revu à la baisse ses perspectives en raison du choc énergétique, les prévisions de croissance se maintiennent à 3,9 % pour les pays émergents en 2026. Un taux bien supérieur à celui des pays développés, de 1,8 %.

 

Le risque géopolitique reste important. Comment l’intégrez-vous dans la construction de portefeuilles de marchés émergents ?  Je pense notamment aux assureurs soumis à des exigences de capital

DF : Selon moi, il faut se tenir à ce qui doit être la base de nos décisions d’investissement : regarder les fondamentaux et les implications en matière de risques. Les prévisions de perturbation ou de volatilité dans telle ou telle région du monde seront certainement un sujet intéressant à aborder au cours d’un dîner en ville. Mais dans la pratique, notre rôle, si nous voulons faire le meilleur usage de notre temps et des capitaux qui nous sont confiés, consiste à construire un portefeuille résilient qui se base sur des fondamentaux solides et équilibrés en termes de risques.

Sur les marchés émergents, nous avons constaté que ces fondamentaux sont restés globalement robustes malgré différents contextes géopolitiques. S’agissant des obligations d’entreprise notamment, la résilience de ces marchés, observée en 2025, se confirme en 2026 grâce à un certain nombre de facteurs :

  • flexibilité de la chaîne d’approvisionnement ;
  • optimisation des itinéraires pour les échanges commerciaux ;
  • répercussion des pressions sur les coûts ;
  • diversification sectorielle accrue dans l’ensemble d’opportunités.

Nous croyons que notre approche rigoureuse de la recherche et de la construction de portefeuille nous permet de tirer de bons résultats de cet ensemble robuste d’opportunités en pleine évolution, en adéquation avec les objectifs de rendement et de revenus des compagnies d’assurance. Nous cherchons à comprendre chaque pays et chaque émetteur, non seulement dans sa situation actuelle, mais aussi dans sa trajectoire d’évolution. Nous travaillons avec nos analystes pour identifier les émetteurs résilients, susceptibles de générer le rendement et les revenus attendus malgré la volatilité, afin notamment de minimiser l’impact de possibles dégradation de notations. 

 

Quelles sont selon vous les opportunités les plus intéressantes sur les marchés émergents ? Les investisseurs du secteur de l’assurance, en particulier, ont la possibilité d’aller chercher une prime de risque plus élevée par rapport aux marchés du crédit des pays développés.

DF : Globalement, les spreads des obligations d’entreprises des marchés émergents restent attractifs par rapport à ceux des marchés développés. Sur le segment des titres Investment grade (IG), nous constatons une prime de risque pour les émetteurs notés A et BBB en ligne avec leur moyenne sur trois ans et proche de la moyenne sur cinq ans, qui reflète encore les perturbations post-COVID-19.

Ce constat est d’autant plus intéressant que les émetteurs américains de titres Investment grade (IG) dans le secteur des technologies augmentent considérablement leurs dépenses d'investissement, ce qui, selon nous, pourrait avoir un impact négatif sur les indicateurs d’endettement de certains émetteurs aux États-Unis. Les émetteurs IG des marchés émergents affichent un niveau d’endettement net plus faible et un ratio de couverture des intérêts plus élevé que les émetteurs des marchés développés. Nous présentons l’historique sur cinq ans d’une comparaison des spreads ajustés en fonction de la duration, dans la tranche BBB, des obligations d’entreprises des marchés émergents, des obligations souveraines des marchés émergents et des obligations souveraines des pays développés. Il est intéressant de noter que nous n’observons aucune prime de spread pour les obligations souveraines des marchés émergents par rapport aux marchés développés. Autrement dit, la valeur du crédit des marchés émergents réside dans le segment des obligations d’entreprises. 

 

Spread comparison 5Y BBB
Spread comparison 5Y BBB
« OAS » signifie « Option Adjusted Spread » Source : Loomis Sayles au 30 mars 2026 Le graphique ci-dessus n’est donné qu'à titre d’illustration. Une partie ou la totalité de l’information présentée dans ce graphique peut ne plus être d’actualité, et donc ne serait servir de base pour acheter ou vendre des titres. Les informations ne sont pas destinées à représenter un portefeuille réel. Les indices ne sont pas gérés et ne comportent pas de frais. Il n’est pas possible d’investir directement dans un indice. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.

 

Sur le segment des obligations d'entreprises à haut rendement (High Yield, HY) des marchés émergents, nous constatons actuellement des spreads plus serrés que les moyennes à trois et cinq ans. Là encore, les obligations souveraines des marchés émergents offrent un supplément de rendement très limité par rapport au crédit des pays développés. Les émetteurs d’obligations d’entreprise HY des marchés émergents continuent, dans leur ensemble, d’opérer avec un levier d’endettement inférieur d’un multiple à celui des entreprises américaines HY et de deux multiples à celui de leurs homologues européens. 

Net Leverage Comparison - EM HY vs. DM HY
Net Leverage Comparison - EM HY vs. DM HY
Loomis Sayles au 31 mars 2026 Le graphique ci-dessus n’est donné qu'à titre d’illustration. Une partie ou la totalité de l’information présentée dans ce graphique peut ne plus être d’actualité, et donc ne serait servir de base pour acheter ou vendre des titres. Les informations ne sont pas destinées à représenter un portefeuille réel. Les indices ne sont pas gérés et ne comportent pas de frais. Il n’est pas possible d’investir directement dans un indice. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.

 

Si l’on considère les secteurs dans leur ensemble, les valeurs énergétiques sont plus attrayantes, au regard notamment du prix du pétrole qui devrait rester élevé en 2026. Il est entendu que les producteurs qui affichent des fondamentaux plus solides avec de moindres coûts ont tendance à être les plus résilients face aux cycles économiques. Nous sommes optimistes quant à l’avenir du secteur minier, compte tenu du soutien structurel à long terme apporté aux activités d’extraction et de traitement des différents métaux nécessaires à l’expansion de l’IA et aux infrastructures associées. Le secteur des télécommunications reste attractif à nos yeux en raison du caractère prévisible de ses flux de trésorerie découlant de la situation démographique avantageuse des marchés émergents, du faible taux de pénétration des données, de l’effet de levier opérationnel et des performances historiques de désendettement après des périodes d’investissements plus importants. Les entreprises de services aux collectivités qui comptent un nombre important d’acheteurs (entités ayant un contrat d’achat d’énergie), souvent détenues par l’État, sont également, selon nous, des émetteurs attractifs et prévisibles. La dynamique de croissance supérieure des marchés émergents profitera également, selon nous, à bon nombre d’émetteurs de titres du secteur de la consommation non-cyclique.

Notre approche fondamentale consiste à identifier des opportunités dans ces secteurs et à l’échelle régionale dans les pays d’Asie, d’Europe émergente, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine. En moyenne, les marchés d’Amérique latine offrent les spreads les plus élevés, tant pour les émetteurs IG que HY. Cela dit, nous devons suivre de près certaines situations ainsi que de nombreuses échéances électorales.

 

Pensez-vous que la dynamique favorable qui porte aujourd’hui le crédit des entreprises des marchés émergents va se poursuivre ? Comment les investisseurs institutionnels à long terme, y compris les assureurs, doivent-ils se positionner ?

  • Des indicateurs de crédit solides – Les fondamentaux des marchés émergents sont restés robustes tandis que ceux des marchés développés ont commencé à se détériorer. De manière générale, les marchés émergents présentent un levier d’endettement net plus faible et un ratio de couverture des intérêts plus élevé, tant pour les émetteurs IG que les émetteurs HY, par rapport aux entreprises des pays développés ayant une notation similaire. De nombreux émetteurs des marchés émergents ont un rayonnement mondial avec des bilans solides et des revenus diversifiés, ce qui contribue à la résilience de leurs indicateurs de crédit. Ces solides indicateurs de crédit ont contribué aux faibles taux de défaut observés dans cette classe d’actifs.
  • Des facteurs techniques favorables – C’est notamment grâce aux réformes structurelles évoquées précédemment, qui soutiennent une forte croissance dans les marchés émergents, et à de solides fondamentaux, que les émetteurs de ces marchés n’ont pas besoin d’émettre autant de dettes. Lorsqu’ils procéderont à ces émissions, comme nous l’avons mentionné, ces émetteurs auront accès à davantage de financements en monnaie locale à mesure que ces marchés se développeront. De nombreux émetteurs ont également sécurisé des financements pour les prochaines années afin de limiter leur exposition à la volatilité des marchés. En conséquence, nous anticipons un volume d’émissions nettes stable ou légèrement négatif. Cette baisse constitue un facteur technique favorable de valorisation de la classe d’actifs, car les remboursements d’obligations, les offres de rachat et les coupons doivent être réinvestis. Preuve en est, nous constatons une forte demande pour les nouvelles émissions sur le marché primaire.

Alors que les marchés émergents affichent de solides indicateurs, nous constatons une incertitude dans les pays développés, avec des taux de croissance plus faibles, des niveaux d’endettement en hausse et une incertitude quant à la trajectoire de la politique monétaire de la Fed. Nous pensons que tous ces éléments plaident en faveur d’opportunités d’investissement dans les marchés émergents, et que les entreprises de ces marchés se distinguent particulièrement en valeur relative. Nous croyons enfin qu’une exposition aux entreprises des marchés émergents offre aux assureurs la possibilité de générer un rendement supplémentaire grâce à des fondamentaux sous-jacents défensifs diversifiés entre plusieurs régions, pays et secteurs. 

Rédigé le 15 mai 2026

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