Sur les marchés mondiaux d'aujourd'hui, nous pensons qu'il existe des risques qui échappent aux investisseurs, mais qui sont pourtant significatifs.
En quoi la volatilité représente-t-elle une opportunité pour les investisseurs axés sur la valeur ?
Au cours des 50 dernières années chez Harris Oakmark, nous avons appris que la volatilité est bel et bien synonyme d'opportunité. Nous recherchons des entreprises dont les actions se négocient avec une décote par rapport à leur valeur intrinsèque, qui voient leur valeur par action progresser, et qui sont dirigées par des équipes de direction qui pensent et agissent comme des propriétaires/actionnaires. En période de volatilité, les marchés réduisent leur exposition au risque, ce qui nous offre l'opportunité de dénicher des entreprises qui se négocient avec une décote par rapport à leurs fondamentaux. La situation actuelle n'est pas différente : avec la guerre contre l'Iran et les craintes liées à la désintermédiation par l'IA, nous trouvons beaucoup de valeur sur les marchés boursiers. Aux États-Unis en particulier, 150 actions se négocient à moins de 14 fois leurs bénéfices. À l'échelle mondiale, nous trouvons des entreprises multinationales en Europe, en particulier des entreprises européennes de grande qualité qui sont aujourd'hui vraiment bon marché.
Comment identifiez-vous les entreprises qui sont réellement susceptibles de bénéficier de l'IA ?
Nous croyons fermement à l'impact de l'IA et au potentiel de l'IA sur les marchés, mais nous pensons que chaque entreprise est affectée différemment par l'IA.
Aujourd'hui, nous intégrons l'IA dans nos valorisations au cas par cas, entreprise par entreprise. Nous constatons en effet que de nombreuses entreprises bénéficiant de relations solides, de revenus stables et d'excellents sets de données tireront profit de l'IA. Plus précisément dans le secteur des logiciels, nous trouvons des valorisations très attractives, le marché semblant aujourd'hui anticiper une remise en cause du modèle logiciel. En réalité, nous pensons que cela renforcera leurs activités.
Nous observons également, au sein des organisations de recherche sous contrat dans le secteur de la santé, qu'elles disposent de données de grande qualité sur les patients et les médecins, ce qui leur permet de mieux conduire les essais cliniques pour les entreprises pharmaceutiques. Ces actions ont baissé en raison des craintes liées à l'IA, alors que nous pensons que le déploiement de l'IA sur leurs ensembles de données rendra les essais cliniques plus efficaces.
Quelle est, d'après vous, la plus grande menace que les investisseurs sous-estiment ?
Sur les marchés mondiaux actuels, nous pensons qu'il existe des risques qui échappent aux investisseurs, mais qui sont pourtant très importants. Premièrement, le risque de valorisation. Deuxièmement, le risque de style. Troisièmement, le risque de concentration.
Si l'on examine le S&P 500 aujourd'hui, nous pensons qu'il s'agit d'un fonds de croissance à très forte capitalisation surévalué, alors que le Russell 1000 Value est beaucoup plus diversifié et ressemble à ce qu'était le S&P il y a 20 ans. Nous pensons donc que c'est le moment idéal pour la gestion active, en particulier pour les gestionnaires actifs qui n'ont pas à se conformer à l'indice de référence.
La philosophie de l'investissement axé sur la valeur a-t-elle évolué au cours des 50 années depuis la création de Harris Oakmark ?
Chez Harris Oakmark, nous pensons que l'investissement value est tout aussi efficace aujourd'hui qu'il l'était lors de notre création en 1976. Ce qui a changé, c'est la manière dont on identifie la valeur. La valeur intrinsèque est notre approche, et nous pensons qu'elle mesure les flux de trésorerie disponibles de l'économie et des actifs qui la composent de manière très efficace. En 1976, l'économie était une économie manufacturière, où si l'on connaissait les immobilisations corporelles, c'est-à-dire les biens, les installations et les équipements, reflétés dans la valeur comptable, on connaissait la majeure partie de la valeur d'une action. Aujourd'hui, seuls 10 % de la valeur d'une action proviennent de la valeur comptable. Elle provient plutôt du code logiciel, de la valeur de la marque, de la recherche et du développement. Notre approche permet toujours d'analyser les flux de trésorerie générés par ces actifs, mais qui ne sont pas reflétés dans la comptabilité GAAP. C'est pourquoi nous pensons qu'il est très important d'adopter une approche fondée sur la valeur intrinsèque plutôt qu'une simple approche de sélection de titres en fonction de leur valeur.