Aziz Hamzaogullari de Loomis Sayles explique l’impact des récents bouleversements de marché et épisodes de volatilité sur ses investissements.
Dans cet entretien, Aziz Hamzaogullari, fondateur, directeur des investissements et gérant de portefeuille de l’équipe Growth Equity Strategies (GES) de Loomis Sayles, revient sur les épisodes de volatilité récents sur les marchés et son impact sur les stratégies d’investissement et les positions de son portefeuille.
L’équipe estime que la volatilité des marchés, inévitable mais imprévisible, fait naître des opportunités d’investissement, à condition d’être capables de les saisir lorsqu’elles se présentent.
Loomis Sayles célèbre actuellement son centenaire, tandis que l’équipe GES fête ses 20 ans.
L’IA est perçue comme une menace pour les entreprises de logiciels. Vous détenez certaines d’entre elles dans vos portefeuilles, comme Salesforce, Autodesk et Workday. Comment abordez-vous ce sujet ?
Aziz Hamzaogullari (AH) : Rappelez-vous la déflagration sur les marchés l’an dernier lorsque DeepSeek, une entreprise chinoise, a affirmé : « nous pouvons faire ce vous faîtes avec 90 % de coûts en moins ». Beaucoup ont pensé que les dépenses liées à l’IA allaient s’arrêter, et que des entreprises comme Meta et Amazon réduiraient fortement leurs investissements. Notre manière de prendre des décisions ne repose pas sur la lecture du Financial Times ou du Wall Street Journal. Nous parlons directement aux décideurs.
Quand l’épisode DeepSeek est survenu, nous avons contacté Amazon, Meta, Microsoft et Google pour leur poser une question simple : « Qu’est-ce que change DeepSeek pour vous ? Allez-vous réduire vos dépenses à cause de cette innovation ? » Ils ont tous répondu la même chose : « DeepSeek a simplement résolu un problème d’hier. » De la même manière, des entreprises comme Salesforce, Autodesk et Meta s’attaquent aux problèmes de demain, pas à ceux d’hier.
L’inquiétude existe aussi sur le fait que l’IA pourrait faire disparaître le secteur du logiciel. C’est vrai pour les entreprises qui n’ont pas de produits discriminants. C’est d’ailleurs ce qui justifie les craintes actuelles dans le crédit privé : certains ont investi dans ces sociétés en pensant qu’elles étaient de solides entreprises sur un secteur porteur, mais toutes ne le sont pas. Certaines traverseront des turbulences, d’autres pourraient même disparaître.
Les investisseurs s’inquiètent de la concentration des indices mondiaux et américains. La concentration dans vos portefeuilles vous inquiète-t-elle ?
AH : Si l’on regarde notre concentration sur 20 ans, notamment nos 10 principales positions, nous avons toujours eu une concentration plus élevée que nos pairs. Nous pensons toutefois qu’un portefeuille de 30 à 40 valeurs permet une diversification suffisante. Avec 30 à 40 titres, on élimine plus de 90 % du risque de concentration. Ajouter 50 ou 100 lignes supplémentaires n’apporte pas de bénéfice marginal.
Nous analysons aussi notre “active share” [L’active share d’un portefeuille mesure la différence de composition entre le Fonds et son indicateur de référence. Un active share proche de 100% indique qu’un Fonds a peu de positions identiques à son indicateur de référence et donc traduit une gestion active du portefeuille] par rapport à nos concurrents. Alors que la concentration des indices a augmenté ces cinq dernières années, l’active share de nombreux gérants a diminué. De notre côté, nous restons dans le décile supérieur en termes de concentration.
Le chevauchement de notre portefeuille avec les portefeuilles de nos pairs est d’environ 33 %, malgré la concentration des “Magnificent 7”, ce qui signifie que les deux tiers de notre portefeuille sont différents. Aucun fonds concurrent n’a affiché de chevauchement avec le nôtre ces vingt dernières années consécutivement. Le maximum observé est de 8 fois sur 20 ans.
Après plusieurs années de surperformance, vos résultats relatifs sont devenus négatifs fin 2025 et début 2026. Sur quelle période les investisseurs devraient-ils juger un gérant ?
AH : Vous avez raison. Après avoir surperformé en 2022, 2023 et 2024, nous avons sous-performé au second semestre 2025. Mais sur quatre ans cumulés, nous restons en avance de plus de 240 points de base sur le segment des fonds actions de grandes capitalisations de style croissance **.
Si l’on regarde la performance de toutes les catégories d’actions et tous les gérants sur 20 ans, comment se répartissent dans le temps les périodes de sous-performance et celles de sur-performance ? La fréquence est très aléatoire. Sur un an, c’est littéralement du 50/50. Sur des horizons de temps plus longs (3, 5, 10 ans, vous pouvez légitimement vous attendre à ce qu’un gérant talentueux fasse la différence.
Dans notre univers concurrentiel d’actions de grandes capitalisations de style croissance, la probabilité de surperformance diminue avec le temps pour la majorité des gérants. Sur 10 ans, 70 à 80 % d’entre eux sous-performent l’indice. En revanche, sur des rendements glissants [i], nous avons surperformé nos pairs du segment des actions de grandes capitalisations de style croissance 100 % du temps. Sur 3 ans, nous avons surperformé environ deux tiers du temps, et sur 1 an, un peu plus de la moitié du temps***.
C’est pourquoi nous privilégions les rendements glissants afin d’éviter de juger un gérant uniquement sur une période récente exceptionnelle mais non représentative.
Entretien réalisé le 2 avril 2026.