Nous observons que la discipline d'investissement aux Etats-Unis demeure solide et croissante. Les économies de la Zone Euro ne sont pas en reste avec un effort accru dans les produits de propriété intellectuelle. La vitesse avec laquelle les Etats-Unis à travers les hyperscalers investissent dans les infrastructures de calcul et de stockage de données peut être approximée par l'investissement dans les produits de technologie de la communication et l'information que l'on voit s'envoler de 36% en 2025.
La dynamique de création de valeur ajoutée sera également conditionnée par l'amplitude du choc inflationniste et sa persistance grevant le revenu réel des ménages et les marges des entreprises. Ceci est d'autant plus vrai dans les zones économiques qui ne sont pas autosuffisantes énergétiquement. L'incertitude géopolitique a introduit par ailleurs un ralentissement dans les plans d'investissement des entreprises exclues du super-cycle d'investissement technologique. Du point de vue du volume de la consommation, nous considérons que les ménages américains sont plus immunisés que les ménages européens au choc observé. Ceci est attribuable à la fiscalité avantageuse introduite par l'OBB (loi budgétaire) votée l'année dernière. L'effet richesse positif, caractéristique d'une plus forte exposition de ces agents à la performance des marchés actions américains, est un facteur supplémentaire expliquant historiquement la meilleure tenue de la demande interne outre-Atlantique en particulier lors de choc nominaux temporaires.
Les réponses des banques centrales et le resserrement des conditions financières déjà intervenu par le renchérissement des coûts d'emprunts, tant nominaux (que réels) sont autant de facteurs pouvant ralentir le rythme d'expansion de la demande interne dans un contexte où l'espace fiscal des Etats demeure restreint pour venir contrebalancer le choc négatif mentionné au-dessus. Nous constatons néanmoins que les réponses des diverses Banques centrales des principales économies sont hétérogènes et font l'objet d'une note dédiée accompagnant cette publication. La posture neutre de la FED comparée à celle plus restrictive de la BCE au cours de l'année viendra accroître la divergence dans les trajectoires de croissance de part et d'autre de l'Atlantique.
Le comportement de la demande interne va également dépendre de la dynamique du marché de l'emploi et des tensions entre offre et demande de main d'œuvre pouvant venir accroître les revenus des ménages. La Figure 6 illustre de ce point de vue-là des situations relativement antagonistes de part et d'autre de l'Atlantique et au Japon. Tandis que les économies européennes et japonaise maintiennent une utilisation extensive du facteur travail par l'accroissement tendanciel du taux de participation, une fragilité structurelle commence à se matérialiser aux Etats-Unis, validant l'hypothèse d'économie à deux vitesses. La part de la population en âge de travailler qui se trouve en emploi ou qui en cherche un continue de décroître depuis quelques trimestres. Ce fait est d'autant plus saillant que la productivité du travail de cette zone économique ne cesse de défier la gravité. Il est pour le moment quasi-impossible d'identifier cette dynamique à la révolution technologique à l'œuvre. Nous pouvons cependant affirmer que le processus de soutien à l'investissement productif par les différentes administrations depuis 2015 et la politique d'offre dont le parangon a été l'Administration Biden semble porter ses fruits. Nous considérons que c'est un argument supplémentaire validant l'hypothèse selon laquelle la croissance potentielle états-unienne, déjà supérieure à ses homologues européennes et asiatiques développées, a vraisemblablement subi un choc positif durant les dernières années. Ceci justifie notre vue selon laquelle il est vraisemblable de voir l'économie Etats-Unienne continuer de progresser en 2026 à un rythme légèrement supérieur à son niveau potentiel, tandis que les croissances en Zone Euro et au Japon devraient demeurer mesurées, grevées par des espaces fiscaux limités, un choc de confiance négatif pour les ménages et des entreprises relativement plus timorées dans l'effort d'investissement.