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Echoes: La stabilité n’est jamais acquise

janvier 20, 2026 - 8 min
Echoes: La stabilité n’est jamais acquise

Soliane Varlet a connu en 20 ans de carrière en tant qu’analyste actions puis gérante chez Mirova l’éclatement de la bulle Internet, la crise de 2008 et les accords de Paris sur le climat. Chacun de ces évènements marquants a modifié sa perception du risque, du comportement de l’investisseur et des fondamentaux de long terme.

 

Si vous pouviez sélectionner un évènement de marché au cours des 25 dernières années dont, selon vous, les effets se font encore sentir aujourd’hui, lequel choisiriez-vous ?

Soliane Varlet (SV) : Plusieurs évènements majeurs ont marqué au fer rouge l’histoire des marchés, mais la crise de 2008 sort du lot. Ses contrecoups et le concept des banques systémiques « too big to fail », littéralement trop grosses pour faire faillite, ont fondamentalement changé notre façon d’appréhender le risque, l'innovation et la réglementation. Soudain l’idée s’est imposée que les banques centrales et les gouvernements seraient toujours prêts à intervenir en dernier ressort – quelque chose qui n'était qu'à moitié vrai auparavant. Le nouveau monde est devenu celui où les acteurs du marché intègrent la possibilité d’un sauvetage et, en conséquence, prennent parfois des risques plus importants, sachant que quelqu'un pourrait venir à leur secours si les choses venaient à mal tourner.

Cet héritage de la crise de 2008 reste prégnant dans la gestion du risque chez les investisseurs. Le renforcement de la réglementation et la prudence, d’un côté, cohabitent, de l’autre, avec l’existence de poches excessives de risque compte tenu du « Fed put », c’est-à-dire la croyance du marché que la banque centrale américaine sera toujours là pour intervenir à coups d’injections de liquidités ou de baisses de taux, chaque fois que le marché dévisse trop fortement.

 

Pensez-vous que les banques centrales peuvent toujours voler au secours des marchés, ou y a-t-il une limite ?

SV : C’est une question qui reste sans réponse. Au cours de ces vingt dernières années, les banques centrales sont constamment intervenues pour empêcher un effondrement total des marchés – les crises d’une ampleur comparable à celle de 2008 ont été rares depuis. Mais nous ne savons pas à quel point ce filet de sécurité reste fiable. Cela influe sur l'appétit pour le risque des investisseurs : certains prennent plus de risques, faisant l’hypothèse que la Fed ou la BCE interviendra si les choses tournent mal, ce que l’avenir peut toujours démentir. Plus que jamais, comprendre ces dynamiques est essentiel.

 

Quel poste occupiez-vous pendant la crise de 2008, et comment cette dernière a-t-elle impacté votre carrière ?

SV : Après avoir occupé le poste d’analyste actions « buy-side » quelques années, je venais de devenir gestionnaire de portefeuille pour la première fois lorsque la crise a éclaté en 2008. Mais j'avais déjà été confrontée à une tempête boursière : à l'été 2000, je commençais ma carrière en tant qu'analyste actions « sell-side » spécialisé dans le secteur des médias juste au moment où la bulle Internet éclatait. Mon premier rapport d’analyste portait d’ailleurs sur la valorisation du secteur technologique alors que tout s'effondrait. Mon responsable hiérarchique est parti six mois plus tard, et je me suis retrouvée responsable de la couverture d'un secteur en crise. Ces deux moments – l'éclatement de la bulle Internet et la crise de 2008 – m'ont appris à regarder en permanence et avec beaucoup d’attention les fondamentaux, la gestion des risques et la discipline de valorisation.

 

Comment compareriez-vous les deux crises – l'éclatement de la bulle Internet et la crise de 2008 – en termes d'impact et comment les avez-vous vécues en tant qu'analyste ?

SV : La bulle Internet était plutôt un sujet de discussions récurrent. La prise de conscience a été lente. Était-ce une bulle ou pas ? Cela a été débattu pendant des années – générant des craintes d'exubérance irrationnelle, des métriques nouvelles et créatives, et des modèles d'affaires qui promettaient tout. Quand le crash est finalement arrivé, c'était à la fois attendu et choquant.

La crise de 2008, en revanche, n’a pas fait de quartier. Chaque jour apportait de mauvaises nouvelles, de nouveaux chocs. Il n'y avait pas de temps pour faire une pause et comprendre ; il fallait réagir rapidement et composer avec un risque en cascade. Ce n'était pas un moment en particulier – il fallait au quotidien s’adapter à un système entier qui pouvait se figer à tout moment.

Contenu issu de la série Echoes

Entretiens avec des experts de l’investissement de Natixis Investment Managers et ses affiliés.

  • Les leçons clés que l’on peut tirer de 25 années d’investissement
  • La bulle des télécoms et d’Internet de 2000 vs celle potentielle d'aujourd'hui sur l’IA
  • Comment éviter la déroute financière lorsqu'une bulle éclate
  • L’impact de la crise de 2008 sur les marchés obligataires
  • Pourquoi aucun marché ne peut plus rester hermétique aux décisions des banques centrales
  • Sommes-nous dans un nouveau paradigme obligataire ?
  • Pourquoi le Covid a tout changé
Vous devez vous concentrer sur les fondamentaux et le risque, mais aussi reconnaître à quel point les émotions – les vôtres et celles du marché – influencent les résultats. L'humilité est essentielle. »

Les deux crises ont développé chez moi un sentiment d'humilité et une focalisation sur les fondamentaux à long terme. On apprend à remettre constamment en question ses hypothèses et à ne jamais prendre la stabilité pour acquise. La psychologie du marché est devenue plus importante dans ma réflexion – parfois, la variable la plus importante à prendre en compte est tout simplement le comportement des investisseurs, qu'il s'agisse de peur ou d'optimisme irrationnel. Mon objectif est devenu de garder la tête froide, de prendre du recul et de laisser la perspective à long terme guider mes décisions, plutôt que de se laisser convaincre par des récits en vogue.

 

Y a-t-il eu un moment décisif pendant la crise de 2008, un moment où la magnitude du séisme boursier est devenue claire ?

SV : Honnêtement, il n'y a pas eu d’instant ou de moment particulier où l’ampleur de la crise s’est révélée à moi. On vit l’évènement au jour le jour – chaque jour qui passe faisant oublier le précédent. L'information arrive rapidement, vous la traitez, anticipez ce qui vient ensuite et continuez d'avancer.

Je dirais que l’on prend rétrospectivement conscience de l’ampleur de la crise. Contrairement à la bulle Internet, où la prise de conscience a progressé lentement, la crise de 2008 était une avalanche. La chute quotidienne du secteur bancaire donnait un aperçu d’un effondrement plus large. L'économie, l’emploi et des industries entières ont été directement touchées.  Vous pouviez voir les gens autour de vous – collègues, amis – perdre leur emploi et lutter.

Parfois, il faut simplement réagir en temps réel. Vous n’avez pas le luxe de pouvoir vous poser et méditer. Vous analysez et traitez toujours l’information. Vous vivez minute par minute. La grande leçon que j’en tire : soyez prêt à agir, restez humble, et concentrez-vous sur ce que vous pouvez contrôler. Ne surestimez pas votre capacité de prédiction – préparez-vous à un changement constant.

 

Il semble que chaque grande crise laisse une empreinte. L'expérience vous a-t-elle rendue plus prudente ou plus résiliente ?

SV : Les deux. Pour les investisseurs, tous ces grands événements – que ce soient la bulle technologique, la crise de 2008 ou le Covid – sont d'une certaine manière des traumatismes. Ils vous enseignent la valeur de la mise en perspective. La jeune génération d'investisseurs, en particulier celles et ceux qui n'ont connu que des rebonds rapides comme après le Covid, n'ont pas encore fait l’expérience de ces véritables traumatismes. C'est pourquoi les équipes comprenant des vétérans de l’investissement aident à atténuer les biais et à apporter des points de vue variés– et c'est pourquoi le dialogue au sein de l’équipe est crucial. Je ne suis pas nécessairement inquiète pour les risques macroéconomiques d'aujourd'hui, mais une surveillance attentive et une analyse continue sont vitales.

 

Comment appréhendez-vous les sujets de préoccupation des marchés, comme la concentration boursière, l'IA, la dette ou les politiques macroéconomiques ?

SV : Le phénomène de concentration est préoccupant. Quand les actions technologiques de méga-capitalisation dominent les capitalisations boursières, la diversification devient cruciale. L'Intelligence Artificielle (IA) est fascinante : il y a des gagnants précoces, comme Nvidia et TSMC [Taiwan Semiconductor Manufacturing Company], mais aussi de nombreuses entreprises avec des revenus ou une rentabilité de moindre ampleur qui surfent sur la vague de battage médiatique. Je me concentre sur des entreprises connues affichant des fondamentaux robustes et des actifs tangibles, pas seulement un potentiel théorique. La valorisation et le réel potentiel commercial comptent plus que jamais, surtout au milieu de sous-segments du secteur technologique qui pourraient être surévalués.

 

Quelles leçons pour l’avenir les investisseurs doivent-ils tirer de ces crises pour façonner leur réflexion à long terme ?

SV : Avant tout, il est essentiel de garder à l’esprit une vision à long terme et de diversifier ses actifs. C'est ce que m'ont appris de nombreuses années d'investissement durable. Il faut se concentrer sur les fondamentaux et le risque, tout en reconnaissant à quel point les émotions – les siennes et celles du marché – influencent les résultats. L’humilité est cruciale. Les circonstances changent rapidement. Remettez en question votre façon de penser, restez agile et évitez de vous engager trop fortement dans un seul récit. Ce sont des principes qui régissent ma gestion de portefeuille aujourd'hui, surtout maintenant avec toutes les questions entourant l'IA, les bulles, et la psychologie fluctuante des marchés.

 

Vous avez mentionné l'investissement durable. Comment l'Accord de Paris de 2015 et l’engouement pour les ESG qui en a découlé ont-ils redessiné le paysage d'investissement pour vous ?

SV : L'Accord de Paris a été un moment joyeux – un engagement clair envers des critères extras-financiers. Ce n’était pas un traumatisme, c’était un moment d’espoir, traduisant formellement en termes d’engagements ce que beaucoup dans l’investissement durable prônaient depuis longtemps. Pour nous, c'était une validation – une preuve que l'industrie était prête à prendre le tournant de l’ESG.

Au fil du temps, les reculs environnementaux et des conditions économiques changeantes ont freiné cet élan. Par exemple, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, le retour de l'inflation, alimentée en partie par la flambée des coûts de l'énergie, a entraîné une augmentation rapide et durable des taux d'intérêt qui ont pénalisé les investissements dans la transition énergétique.

Mais la leçon principale est que l'ESG a désormais une grande matérialité financière. Ce n’est pas seulement une question éthique, c’est devenu un aspect fondamental de l’investissement, que ce soit en termes de risque ou d’opportunité. Aujourd'hui, les gestionnaires d'actifs reconnaissent largement et intègrent l'ESG, ce qui aide à mieux évaluer le risque et à améliorer la transparence.

 

En termes d'impact, quelle a été la plus grande réalisation depuis l'Accord de Paris ?

SV : La poursuite du dialogue mondial sur la durabilité est essentielle. Les COP [Conférences des Parties] continuent d'avoir lieu. Lors de la plus récente, la COP30 au Brésil, Lula Inácio Lula da Silva, le président du Brésil, a déclaré dans son discours d'ouverture que le monde avait besoin d'une feuille de route pour surmonter sa dépendance aux combustibles fossiles.

Ces dernières années, le spectre s'est élargi à la biodiversité, et le débat se poursuit malgré les reculs environnementaux. L'ESG est passé d'un domaine de niche à une tendance grand public. La leçon que j’en tire : quand vous croyez profondément en quelque chose, restez fidèle à vos principes et continuez à vous adapter. La matérialité financière, pas seulement le G pour gouvernance, est désormais universellement reconnue comme une dimension critique pour la performance.

 

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui commence une carrière d'investissement aujourd'hui ?

SV : Soyez curieux, ouvert d'esprit et prêt à vous remettre en question. La curiosité conduit à un apprentissage continu et constitue la base de tous les autres conseils. La patience est également essentielle – on ne peut accélérer l’acquisition de l’expérience. Et soyez prêt à considérer les erreurs comme des leçons, et non pas seulement comme quelque chose de négatif.

Ce qui m’intéresse de plus en plus, c'est l'éducation et l'impact de l'IA sur les enfants. Le monde du travail évolue rapidement ; l'IA générative transforme les métiers du savoir. Cela a un impact sur les profils juniors dans la finance. J'assiste donc à des conférences sur ces sujets et lis beaucoup pour comprendre comment l'apprentissage, l'attention et l'enfance sont affectés. Tout cela fait partie de la nécessité d’inscrire son travail dans une perspective, ce qui permet de renouveler sa pensée une fois que l’on a remis sa casquette de gérante.

En résumé : écoutez activement, restez humble et ne cessez jamais de poser des questions. Les marchés changent, mais ceux qui restent adaptables, curieux et résilients réussiront avec le temps.

 

Entretien réalisé en novembre 2025.

Echoes

Les évènements de marché ne se répètent pas. Ils se font écho.  Plus qu’une simple répétition, l’écho provoqué par un évènement passé peut devenir un signal pour le futur. Les leçons d’investissement à tirer de ce premier quart de siècle

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