Un vent porteur pris à tort pour une menace
Autodesk illustre concrètement cette mauvaise interprétation. Dans les secteurs auxquels elle s’adresse, nous considérons que l’IA incite à acheter davantage de logiciels de conception, et non moins. Le secteur de la construction fait face à des pénuries de main-d’œuvre et à une réglementation plus stricte. Les industriels modernisent leurs usines et diversifient leurs chaînes d’approvisionnement. Ces deux secteurs investissent dans les données et l’automatisation, qui s’appuient sur les outils utilisés pour concevoir les projets.
Ces outils sont ceux d’Autodesk, dont le nom est indissociable de la CAO, la conception assistée par ordinateur. Un outil ne vaut que par les données et les flux de travail qui le sous-tendent, et Autodesk bénéficie de quarante ans d’expérience dans ces deux domaines. Nous estimons que 20 millions d’utilisateurs considèrent ses logiciels comme essentiels à leur activité. Au cours de la dernière décennie, l’entreprise a consacré plus de 10 milliards de dollars à la recherche et au développement, renforçant ainsi son avantage concurrentiel. Nous pensons qu’elle continuera à développer des revenus liés à l’IA, facturés en fonction de l’utilisation, en complément de ses abonnements.
Rien de tout cela n’a changé. En revanche, le cours de l’action a baissé, creusant l’écart avec notre estimation de sa valeur intrinsèque. Nous avons profité de ce repli pour renforcer notre position, comme nous l’avons également fait sur Salesforce, Workday et Microsoft. Nous estimons que l’IA renforce leurs avantages concurrentiels et élargit leurs marchés adressables, au lieu de les menacer.
La volatilité n’est pas un problème, c’est une opportunité
Acheter pendant une baisse n’a de sens que si l’on comprend ce que cette baisse signifie. La volatilité est inévitable et imprévisible. Elle n’est toutefois pas synonyme de risque. Nous définissons le risque comme une perte définitive de capital. Ce risque peut diminuer, plutôt qu’augmenter, lorsque le cours d’une entreprise de croissance de qualité, dont les fondamentaux restent intacts, baisse. Distinguer la volatilité d’une détérioration durable suppose de savoir faire la différence entre des fondamentaux temporairement affectés et la qualité durable d’une entreprise. La volatilité peut ainsi créer une occasion d’investir avec une marge de sécurité plus importante.
Acheter lors d’un repli va à l’encontre de la discipline d’achat de nombreux gérants spécialisés dans les actions de croissance. Pourtant, à nos yeux, le risque lié à la détention d’une entreprise remarquable est plus faible après la baisse de son cours. Acheter à un prix nettement inférieur à notre estimation de sa valeur intrinsèque peut contribuer à limiter le risque de baisse tout en augmentant le potentiel de hausse. Cette distinction est au cœur de la philosophie et du processus de nos stratégies d’investissement en actions de croissance.
Anticiper plutôt que suivre le marché
Les stratégies fondées sur la dynamique des cours présentent un problème structurel : elles suivent le sentiment du marché et confient ainsi la décision d’investissement à la foule. Acheter lors d’un repli fait l’inverse. Cela exige de se forger sa propre opinion. Nous préférons prendre les devants, à l’image de ce vieux conseil au hockey : patiner là où la rondelle va arriver, plutôt que là où elle se trouve. Investir, c’est se tourner vers l’avenir. Nos recherches portent donc sur les marges et les rendements du capital que les entreprises pourraient dégager dans dix ans, et non au prochain trimestre ou à l’année prochaine. Pour les entreprises que nous détenons, l’essentiel de la valeur que nous leur attribuons provient des bénéfices qu’elles généreront au cours de ces années ultérieures, autrement dit de leur valeur terminale. C’est une question que presque personne ne cherche à approfondir. C’est pourquoi la patience et un horizon d’investissement de long terme ne sont pas de simples préférences pour nous. Sans eux, aucun argument de valorisation ne tient.
Ce que cela peut signifier pour vous
Deux investisseurs peuvent détenir la même entreprise et traverser la même baisse, tout en aboutissant à des résultats différents. L’un décide qu’il ne peut plus attendre et vend. L’investisseur le plus patient achète les titres cédés. Voilà comment s’opère le transfert de richesse. Vendre dans la panique lorsque les cours sont bas, puis racheter plus cher lorsque le discours du marché s’inverse, ne génère pas d’alpha. Cela détruit du capital. C’est précisément ce que notre approche patiente, de long terme et fondée sur de fortes convictions vise à éviter.
La marge de sécurité reste une notion abstraite lorsque les marchés montent. Rien ne la met à l’épreuve. Elle devient concrète uniquement lorsque les cours baissent, au moment même où il est le plus difficile d’agir. Nous menons nos recherches en amont ; elles sont généralement terminées bien avant que les cours ne deviennent favorables. C’est ce que nous appelons l’arbitrage temporel. Voilà le pouvoir de la patience : une baisse devient un point d’entrée plutôt qu’une raison de sortir.
Voici donc ce que vous pouvez attendre de nous : un portefeuille sélectif, de long terme et guidé par la valorisation, conçu pour se distinguer de l’indice. Il y aura des périodes où les choix privilégiés par le marché porteront leurs fruits, tandis que les nôtres ne produiront pas encore les résultats attendus. Cela ne signifie pas que notre approche échoue. C’est ainsi qu’elle fonctionne : acheter des entreprises de qualité, à la croissance durable, lorsqu’elles sont décotées.
Conservez cette lettre. Relisez-la lorsque le cycle se sera retourné et que les craintes du moment seront dissipées, puis demandez-vous ce que valait cette baisse. Il y a toujours quelqu’un qui ne peut pas attendre. Notre rôle est d’être celui qui le peut.
Retrouvons-nous le mois prochain.
La mention de titres, de secteurs ou de marchés spécifiques dans le présent document ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation ou une offre d’achat ou de vente de titres, ni une offre de services.