Quelles sont vos perspectives économiques et monétaires pour la zone euro ?
Sans aucune ambiguïté, la croissance est en contraction pour le premier trimestre. Les indicateurs dont nous disposons actuellement nous montrent que le second trimestre va être relativement faible, pour ne pas dire négatif, ce qui nous donne un acquis de croissance extrêmement faible pour la zone euro pour cette première partie de l'année. Et il y a assez peu de raisons de penser que l'Europe va pouvoir rebondir, compte tenu des prix de l'énergie et de la durée de ce conflit. Fondamentalement, nous avons une croissance plus faible, une inflation plus forte. La question fondamentale qui se pose derrière est: la BCE, après sa première hausse de taux opérée au mois de juin, va-t-elle continuer son cycle de hausse de taux? De notre point de vue, nous considérons que, à ce stade, la progression de l'inflation dite sous-jacente, c.-à-d. hors composante volatile, n'est pas suffisamment forte pour pouvoir justifier d'autres hausses de taux. La BCE ne dispose pas de suffisamment d'informations témoignant d'un effet de diffusion. Pire encore, la BCE, si elle continue à s'entêter dans ce processus d'augmentation des taux d'intérêt, risque de pénaliser encore plus fortement une croissance déjà anémique.
Et les Etats-Unis ?
36 Aux Etats-Unis, à l'inverse, la croissance reste résiliente, malgré les pressions qui pèsent sur les revenus, notamment des ménages, à cause de cette inflation en hausse. Mais, malgré tout, nous avons une économie qui reste tirée non seulement par des dépenses d'investissement - qui sont toujours en progression comparées à 2025 - à une politique budgétaire toujours en support de l'économie américaine et puis une reprise du marché du travail, qui redonne quelques signes de progression, notamment au cours de ce deuxième trimestre. Donc, si les choses continuent d'avancer dans ce sens-là, on aura une économie américaine qui sera beaucoup plus solide que l'économie européenne d'une part. Et d'autre part, on aura une Fed qui, nous le savons, ne bougera pas au moins avant la fin de l'année. De manière historique, la Fed ne monte pas ses taux d'intérêt avant les élections de mi-mandat. Probablement, la Fed pourra opérer une hausse de taux au mois de décembre prochain, si toutefois le cycle restait ou continuait sur sa lancée. On a une forme de déphasage cyclique entre les États-Unis et la zone euro. Les États-Unis assez résilients, alors que la zone euro s'enfoncerait progressivement sur un rythme de croissance anémié et renforcé par un dogmatisme monétaire de la part de la zone euro
Entretien mené le 11 juin 2026