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Le rôle stratégique des métaux et de l’industrie minière dans une économie en mutation

juillet 29, 2026 - 10 min
Le rôle stratégique des métaux et de l’industrie minière dans une économie en mutation
Principaux points à retenir :
  • Les métaux et l’industrie minière revêtent une importance stratégique croissante, portés par la transition énergétique, l’électrification, l’intelligence artificielle et le renforcement de la résilience industrielle, qui alimentent une demande structurelle de long terme pour les minerais critiques.
  • L’offre demeure difficile à développer, en raison de délais de mise en production particulièrement longs, d’une forte concentration géographique des ressources et de capacités de raffinage limitées, faisant de la sécurité d’approvisionnement en minerais un enjeu prioritaire pour les États, les industries et les investisseurs.
  • L’exploitation minière responsable, le recyclage et le renforcement des pratiques ESG seront essentiels pour répondre à la hausse de la demande en minerais tout en favorisant le développement d’une économie plus résiliente et durable.

Les métaux et l’industrie minière se trouvent au cœur de plusieurs grandes tendances de long terme, notamment la transition énergétique, l’électrification, les infrastructures numériques, la résilience industrielle et la sécurité économique.

À mesure que les minéraux critiques deviennent indispensables à l’économie mondiale, l’augmentation de l’offre constitue un défi majeur. Celle-ci demeure limitée par une forte concentration géographique, des contraintes réglementaires et des délais de développement particulièrement longs. Dans le même temps, le secteur est exposé à d’importants risques environnementaux et sociaux, ce qui renforce la nécessité de promouvoir des pratiques minières responsables.

Ces dynamiques font évoluer les métaux et les minerais d’une simple classe de matières premières vers une véritable thématique d’investissement stratégique fondée sur la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité industrielle et le développement durable des ressources.

 

Le rôle stratégique des métaux et de l’industrie minière dans une économie en mutation

Transition énergétique : Les énergies renouvelables, les batteries, les véhicules électriques et les infrastructures de réseau nécessitent davantage de ressources minérales que les systèmes énergétiques conventionnels. Les investissements liés à la décarbonation soutiennent ainsi une demande croissante en cuivre, lithium, nickel, graphite, terres rares, aluminium et autres matériaux critiques.

D’ici 2040, la demande de minéraux provenant des technologies d’énergie propre devrait être multipliée par deux a quatre1.

Électrification : La mobilité électrique, les infrastructures de recharge, l’électrification industrielle et l’extension des réseaux électriques nécessitent des volumes importants de métaux. Le cuivre est indispensable aux réseaux électriques, aux moteurs, aux bornes de recharge, à la production renouvelable et aux centres de données, tandis que l’aluminium contribue au renforcement des réseaux et des infrastructures de transport.

Un véhicule électrique nécessite environ six fois plus de ressources minérales qu’un véhicule thermique conventionnel2.

Intelligence artificielle et numérisation : L’IA et les infrastructures numériques constituent désormais une source importante de demande en métaux. Les centres de données nécessitent notamment d’importantes quantités d’électricité, d’équipements électriques, de systèmes de refroidissement, de semi-conducteurs et d’infrastructures de connectivité, en plus de métaux tels que le cuivre, l’aluminium, les aciers spéciaux et les matériaux avancés. La croissance de l’IA renforce également le besoin d’étendre les réseaux électriques.

Les infrastructures d’IA sont bien plus intensives en ressources que les infrastructures cloud traditionnelles, nécessitant entre 65 et 70 tonnes de métaux par MW, principalement pour les systèmes d’alimentation électrique et de refroidissement3.

Réindustrialisation et résilience des chaînes d’approvisionnement : Les minéraux critiques sont devenus une priorité stratégique pour de nombreux pays cherchant à renforcer leur production industrielle locale, réduire leurs dépendances et soutenir leur compétitivité économique.

La chine représente environ 35 % des capacités mondiales de raffinage du nickel, 50 à 70 % de celles du lithium et du cobalt, et près de 90 % de celles des terres rares4.

Défense et sécurité : Les métaux critiques jouent également un rôle essentiel dans les secteurs de la défense et de la sécurité, notamment dans les systèmes électroniques avancés, l’aéronautique, les communications et les technologies stratégiques.

Plus de 60 plans stratégiques visant à renforcer la fiabilité et la résilience des approvisionnements en minéraux sont aujourd’hui déployés dans les principales économies mondiales5.

 

Moteurs de création de valeur à long terme

La combinaison d’une demande structurelle en forte croissance et d’une offre contrainte et géographiquement concentrée crée des opportunités d’investissement de long terme dans l’ensemble du secteur des métaux et de l’industrie minière. Répondre à cette demande nécessitera des investissements significatifs sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’ouverture de nouvelles mines et le renforcement des capacités de raffinage, jusqu’aux infrastructures, aux procédés de transformation et au recyclage.

Cependant, l’offre est difficile à développer rapidement. Même lorsque les ressources minérales sont disponibles, la capacité à les exploiter de manière responsable, durable et dans des délais raisonnables reste un frein majeur pour l’industrie.

En moyenne, plus de 16 ans s’écoulent entre le lancement d’un projet minier et le début de la production de minerais6.

La forte concentration géographique de la production de minerais critiques accroît les risques de rupture d’approvisionnement, une poignée de pays concentrant l’essentiel de l’extraction mondiale.

La concentration de l’offre s’est renforcée : les trois principaux pays producteurs contrôlent désormais 77 % de la production de minerais clés pour la transition énergétique, contre 73 % en 20207.

Le marché est encore plus concentré au niveau du raffinage. La part de marché cumulée des trois principaux pays raffineurs est passée de 82 % en 2020 à 86 % en 2024, principalement sous l’effet du rôle croissant de l’Indonésie dans le nickel et de la Chine dans le cobalt, le graphite et les terres rares8.

Les mesures de restriction à l’exportation de matières premières critiques ont triplé entre 2024 et 20259.

Face à ces défis, les gouvernements d’Amérique du Nord et d’Europe ont lancé d’importantes initiatives, telles que l’Inflation Reduction Act aux États-Unis (2022) et le Critical Raw Materials Act de l’Union européenne (2023). Leur objectif est de renforcer la sécurité d’approvisionnement grâce au développement de la production locale, aux partenariats stratégiques, au recyclage et à la diversification des sources, tout en maintenant des standards environnementaux et sociaux élevés.

Le recyclage et l’économie circulaire jouent également un rôle de plus en plus central. Ils offrent d’importantes opportunités de long terme en contribuant à réduire la pression sur l’extraction primaire, à renforcer la sécurité d’approvisionnement, à limiter les impacts environnementaux et à faire émerger de nouveaux modèles économiques tout au long de la chaîne de valeur.

Production minière de métaux et minerais essentiels à la transition énergétique en 2024, par principal pays producteur
Production minière de métaux et minerais essentiels à la transition énergétique en 2024, par principal pays producteur
Source: BloombergNEF. Note: le graphite n’est pas inclus, car seule sa production raffinée est prise en compte dans le Transition Metals Outlook de BNEF. DRC (RDC en français) désigne la République Démocratique du Congo.
Répartition géographique de la production raffinée des principaux minerais de la transition énergétique (scénario central), 2023-2040
Répartition géographique de la production raffinée des principaux minerais de la transition énergétique (scénario central), 2023-2040
Source: IEA (2024). L’extraction de graphite se limite au graphite naturel en paillettes. Les données relatives aux terres rares concernent uniquement les terres rares destinées à la fabrication d’aimants. Le graphique illustre la part de marché des trois principaux pays producteurs pour chaque année.

Perspectives d’offre et de demande pour les principaux métaux et minerais

La demande d’aluminium continue de croître, portée à la fois par ses usages traditionnels, tels que la construction et l’industrie manufacturière, et par les applications liées à la transition énergétique, notamment les infrastructures solaires, les véhicules électriques et l’expansion des réseaux électriques. La production d’aluminium étant très énergivore et émettrice de CO2, le recyclage représente une opportunité majeure pour réduire l’empreinte environnementale du secteur et renforcer la sécurité d’approvisionnement.

Le lithium est un composant essentiel des batteries lithium-ion utilisées dans les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie. La demande devrait passer d’environ 205 000 tonnes en 2024 à près de 700 000 tonnes d’ici 203510. Malgré une situation de surabondance à court terme, le portefeuille de projets actuels laisse entrevoir un déficit potentiel de 40 %, nécessitant la mise en service d’environ 55 mines supplémentaires de taille moyenne.

Le cuivre est l’un des principaux goulets d’étranglement de la transition énergétique. Indispensable à l’électrification de l’économie, il est utilisé dans les réseaux électriques, les énergies renouvelables, les véhicules électriques, les infrastructures de recharge, les centres de données et les systèmes industriels. La demande devrait augmenter à mesure que l’électricité prend une place croissante dans la consommation d’énergie finale. L’AIE estime que la demande passera de 27 Mt en 2024 à 33 Mt d’ici 2035 et 37 Mt d’ici 2050. Toutefois, la croissance de l’offre peine à suivre, en raison de la baisse des teneurs en minerai, de l’épuisement des réserves, de la hausse des coûts d’investissement, des difficultés d’obtention de permis et du manque de nouvelles découvertes majeures. L’AIE estime ainsi un déficit potentiel de 30 % avant même de considérer des scénarios d’électrification plus ambitieux. Le recyclage peut contribuer à atténuer les pénuries, le cuivre pouvant être réutilisé indéfiniment sans perte de propriétés et bénéficiant déjà de l’un des plus importants marchés mondiaux du recyclage.

L’acier est nécessaire à la fabrication des éoliennes, des pylônes de transport d’électricité, des infrastructures solaires et, plus largement, au déploiement des énergies propres. L’approvisionnement est relativement résilient, mais la décarbonation de la production d’acier demeure un défi majeur.

Le manganèse est principalement utilisé dans la fabrication de l’acier, mais il entre également dans la composition des batteries lithium-ion. La demande de manganèse augmente avec la croissance du marché des batteries, portée par le développement des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie.

Les terres rares devraient voir leur demande augmenter de 50 à 60 % d’ici 2040, portée par les aimants permanents utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes et les moteurs industriels11. Bien que les projets annoncés devraient globalement permettre de répondre à la demande, les chaînes d’approvisionnement demeurent fortement concentrées, ce qui fait des terres rares un enjeu majeur de sécurité d’approvisionnement en raison de la position dominante de la Chine sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

 

Chaîne de valeur des métaux et minerais

Extraction (minerai/concentré) : Les minerais critiques sont généralement extraits par exploitation minière souterraine ou à ciel ouvert.

  • Exploitation souterraine : utilisée lorsque les gisements se situent profondément sous la surface. Des galeries doivent être creusées pour accéder au minerai. Cette méthode est souvent coûteuse, et la ventilation ainsi que la stabilité des ouvrages constituent des enjeux majeurs.
  • Exploitation à ciel ouvert : utilisée lorsque les minerais sont proches de la surface. La couche arable et les couches rocheuses sont retirées afin de créer une mine à ciel ouvert. Cette méthode est généralement plus rapide et moins coûteuse que l’exploitation souterraine, mais elle génère d’importants volumes de déchets.

Traitement (fusion/raffinage) : Après leur extraction et leur concentration, les minerais critiques sont fondus et raffinés afin d’être transformés en matériaux commercialisables, au moyen de procédés qui varient selon le type de minerai (procédés à haute température, extraction à partir de saumures, électrolyse). Le traitement est la partie la plus énergivore de la chaîne d’approvisionnement. Il génère également des résidus miniers (boues issues du traitement du minerai et de l’élimination des impuretés) qui sont stockés dans des installations dédiées et peuvent présenter des risques environnementaux et sanitaires s’ils ne sont pas correctement gérés.

Recyclage : Face à la demande croissante de minerais critiques et aux vulnérabilités géopolitiques des chaînes d’approvisionnement, le recyclage est appelé à devenir une source de matériaux de plus en plus importante. Selon l’AIE, le recyclage pourrait réduire les besoins en extraction primaire de 10 à 30 % pour les principaux minerais. Si le recyclage est bien établi pour les métaux de base tels que l’acier et l’aluminium, il reste beaucoup moins développé pour les terres rares et les autres minerais critiques. Aux États-Unis, 57 % de l’aluminium, 35 % du cuivre et 16 % de l’argent ont été recyclés en 2023, contre des taux de recyclage mondiaux estimés à seulement 5 à 10 % pour les terres rares12.

 

Risques ESG et pratiques responsables

La demande de minerais critiques augmente pour soutenir les économies de demain ; toutefois, cette demande doit s’accompagner d’un renforcement des pratiques minières responsables. Cela crée un paradoxe propre à la transition : bien que ces minerais soient indispensables à la transition climatique, leur extraction et leur transformation comportent des risques ESG significatifs.

L’activité minière est très intensive en ressources et contribue aux émissions de gaz à effet de serre, à la pression exercée sur les ressources locales en eau, à la perte de biodiversité, à la pollution et à des impacts de long terme sur les écosystèmes. Ces risques environnementaux sont amplifiés lorsque les exploitations sont situées dans des zones à stress hydrique ou à forte sensibilité en matière de biodiversité, et peuvent se traduire en risques financiers en retardant les projets, en augmentant les besoins en investissements ou en affectant les licences d’exploitation. Le secteur est également associé à des préoccupations en matière de droits humains, incluant une gouvernance parfois insuffisante, des risques pour la sécurité des travailleurs, des conditions de travail difficiles, des oppositions communautaires et des impacts sur les peuples autochtones et les communautés locales, ce qui en fait un secteur historiquement sujet à controverses. Par conséquent, le secteur requiert une évaluation approfondie en matière de durabilité afin de comprendre et de gérer l’ensemble des impacts de sa chaîne de valeur.

La réduction des risques pesant sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques demeure un défi de long terme, mais l’urgence s’intensifie. Notre approche repose sur des critères minimums stricts couvrant l’exposition aux énergies fossiles, les activités menées dans des pays à haut risque et les violations des normes internationales telles que le Pacte mondial des Nations Unies et les Principes directeurs de l’OCDE. Nous menons une analyse qualitative approfondie afin de comprendre comment les entreprises sont positionnées pour gérer ces risques et contribuer de manière crédible à la transition. Cette analyse ne concerne pas uniquement les entreprises minières, mais également d’autres industries et chaînes de valeur qui dépendent du secteur comme intrant.

Les pratiques minières responsables s’appuient de plus en plus sur des normes et référentiels reconnus, tels que l’Initiative for Responsible Mining Assurance (IRMA, qui collabore avec les entreprises et les parties prenantes locales afin de renforcer les standards environnementaux et sociaux du secteur minier). Les entreprises leaders adhèrent à ces référentiels et s’efforcent de réduire leurs émissions opérationnelles, d’améliorer leur efficacité énergétique, de protéger la biodiversité par une meilleure planification des sites et leur réhabilitation, et d’investir dans des équipements et technologies plus propres. Le recyclage et l’économie circulaire jouent également un rôle essentiel en réduisant la pression sur l’extraction primaire et en renforçant la sécurité d’approvisionnement.

Toutefois, la plupart des normes demeurent volontaires et leur mise en œuvre reste inégale. Pour cette raison, l’engagement constitue un levier important pour encourager des pratiques plus durables et mieux gérer les risques de durabilité. De nombreuses entreprises minières sont ainsi des cibles prioritaires pour des initiatives d’engagement collaboratif (par exemple, Climate Action 100+, Nature Action 100, PRI Advance), reflétant à la fois leur empreinte environnementale et sociale significative et le potentiel de l’engagement pour impulser des améliorations. Cependant, les risques ESG structurellement élevés du secteur signifient que l’engagement seul peut ne pas suffire à les réduire. L’engagement doit donc être complété par d’autres leviers, notamment une sélection rigoureuse des investissements, des stratégies d’escalade en cas de progrès insuffisants et un soutien à une réglementation plus stricte et à une plus grande transparence sectorielle.

Rédigé par Marine Michiels, Analyste actions durables chez Mirova

1 IEA (2021), The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions, IEA, Paris https://www.iea.org/reports/the-role-of-critical-minerals-in-clean-energy-transitions.

2 IEA (2021), The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions, IEA, Paris https://www.iea.org/reports/the-role-of-critical-minerals-in-clean-energy-transitions.

3 BofA – Transition Investing – Matter over mind? AI’s 10 secret ingredients.

4 IEA (2021), The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions, IEA, Paris https://www.iea.org/reports/the-role-of-critical-minerals-in-clean-energy-transitions.

5 JP Morgan – Critical minerals: Unearthing alpha across equities and credit.

6 JP Morgan – Critical minerals: Unearthing alpha across equities and credit.

7 IEA (2025), Global Critical Minerals Outlook 2025, IEA, Paris https://www.iea.org/reports/global-critical-minerals-outlook-2025.

8 International Energy Agency (IEA).

9 Global Trade Alert. Import and Export Restrictions: Critical Minerals.

10 International Energy Agency (IEA).

11 International Energy Agency (IEA).

12 U.S. Geological Survey. (n.d.). Recycling statistics and information. National Minerals Information Center.

 

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