Le début du XXIe siècle restera peut-être dans l'histoire comme l'âge de la personnalisation. Les évolutions technologiques ont rendu possible la gestion de volumes de données phénoménaux. Des outils de mesure très pointus et des algorithmes permettent de prédire le comportement des clients. Qu'il s'agisse de la liste de recommandations d'Amazon ou des stratégies publicitaires Retargeting, les entreprises utilisent le Big data pour créer des offres et des expériences personnalisées pour leurs clients.

Toutefois, toutes les entreprises ne maîtrisent pas encore pleinement l'art de la personnalisation. Selon le Dr Andrew Lo, l’un des secteurs à la traîne dans ce domaine est celui de la gestion d’actifs. Alors que ce que l'on appelle des robo-advisors commencent à peine à recourir à des algorithmes pour construire des portefeuilles statiques rudimentaires, il estime qu'il est possible de créer des indices plus dynamiques et hautement personnalisés.

Le Dr Lo, professeur de finance Charles E. & Susan T. Harris, et Directeur du Laboratoire d'ingénierie financière du Massachusetts Institute of Technology, a récemment publié un article What is an Index? (Qu'est-ce qu'un indice ?) dans le Journal of Portfolio Management. in the Journal of Portfolio Management. Il y décrit la possibilité de construire des indices comportant un niveau de personnalisation bien supérieur en remettant en cause des idées anciennes sur la nature des indices puis en s'interrogeant sur ce qu'ils pourraient devenir. Bien que le projet de recherche du Dr Lo soit tourné vers les investisseurs individuels, les résultats pourraient également avoir des implications importantes pour les institutions.

Le Durable Portfolio Construction Research Center de Natixis Global Asset Management collabore avec le Dr Lo, qui est également Président et Responsable de la stratégie d'investissement d'AlphaSimplex Group, filiale de Natixis, pour la recherche fondamentale associée à ce projet. Nous l'avons récemment rencontré pour lui poser quelques questions afin d'apprendre ce qu'il a appris à ce jour.

Andrew, pourquoi pensez-vous que nous devons redéfinir ce qu'est un indice ?

« La technologie a vraiment révolutionné la façon dont nous pouvons construire des indices. Les obstacles en matière de trading et de back-office laissaient jusqu'alors entendre que seuls des indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière étaient possibles. Maintenant, en revanche, grâce aux plateformes de trading automatisées, aux brokers électroniques et à la capacité de construire des portefeuilles à partir d'algorithmes, de nouvelles opportunités ont vu le jour pour construire des portefeuilles hautement personnalisés. »

Votre article donne une nouvelle définition de ce qu'est un indice. Sur quelles bases s'appuie cette idée nouvelle ?

« L'article commence par poser une question fondamentale : “ qu'essaie d'accomplir un indice ? ”. En fait, un indice peut remplir deux objectifs. Le premier est de résumer les informations sur un groupe de titres ou un marché en particulier. La deuxième, et plus importante, fonction d'un indice est de servir de référence pour les investisseurs : il représente ce que vous auriez pu gagner si vous aviez placé votre argent de cette façon. »

« La division d'un indice selon ses fonctions de base laisse apparaître trois éléments. Tout d'abord, il doit être totalement transparent : chaque aspect de l'indice doit constituer une information publique. Ensuite, il doit être possible d'y investir : un investisseur doit être en mesure d'y placer un montant élevé de capital sur une courte période et d'obtenir le rendement annoncé par l'indice. Enfin, il doit être systématique : l'indice doit s'appuyer uniquement sur des règles et ne dépendre d'aucune discrétion ni d'aucun jugement humains. Aucun alpha ne doit être nécessaire pour appliquer un indice dans un portefeuille réel. Tout investisseur doit pouvoir le faire. »

« Si vous associez ces trois éléments pour définir ce que devrait être un indice, le panorama des possibles permis par les technologies dont nous disposons dorénavant s'en trouve révolutionné. »

Et donc, quelles sont les implications de cette nouvelle définition ? Qu'est-ce que cela signifie pour le mode de prise de décision des investisseurs et les avantages de cette nouvelle approche ?

« Je pense que les implications sont nombreuses. En premier lieu, cela élargit les choix pour les investisseurs et, surtout, cela offre la possibilité de développer des indices personnalisés, des indices conçus pour aider un individu à atteindre ses objectifs financiers spécifiques en fonction de sa situation particulière. La deuxième conséquence est que cela augmente considérablement les capacités de diversification de portefeuille : au lieu d’apporter une diversification par classes d'actifs uniquement, nous pouvons maintenant diversifier le portefeuille par stratégie, mais aussi par toute autre caractéristique que ces indices dynamiques peuvent refléter. »

Cet article est le premier d'une série et fait partie d'un projet d'ensemble plus vaste. Quel est l'objectif de tout ce travail ?

Je dirais que la phase initiale consiste tout d'abord à comprendre ce à quoi nous nous attaquons. Ce premier article décrit l'état actuel du monde, les changements rapides qui s'opèrent dans la nature des indices et la séparation peu claire qui existe entre les gestions passive et active. La prochaine étape sera de développer une représentation algorithmique du comportement réel des investisseurs. Nous disposons de plusieurs théories financières expliquant comment nous pensons que les investisseurs devraient se comporter, telles que la théorie de l'analyse mean-variance des portefeuilles ou le modèle d'évaluation des actifs financiers (Capital Asset Pricing Model), mais il n'existe pas encore de compréhension algorithmique entièrement intégrée du comportement des investisseurs dans différents contextes financiers. Une fois cet algorithme développé, nous pourrons commencer à concevoir des produits financiers qui s'attaquent aux aspects les moins productifs de ces comportements.

Nous critiquons les investisseurs parce qu'ils vendent trop tôt ou rachètent trop tard, parce qu'ils présentent tout un éventail de biais comportementaux, mais nous ne comprenons pas clairement quand ces biais entrent en jeu ou non. Nous ne comprenons pas comment ces biais interagissent entre eux. Tant que nous n'y parvenons pas, nous ne pourrons pas concevoir des produits financiers qui résistent à ces types de comportements.

Ce sera la prochaine étape. L'étape où nous nous trouvons actuellement consiste à documenter et estimer ces types de biais de façon intégrée afin de développer une représentation plus réaliste et exhaustive du comportement des investisseurs. Une fois que nous disposerons d'un modèle suffisamment précis, nous pourrons commencer à penser aux différents types de produits et services financiers qui s'avèreront les plus productifs.

Votre article évoque les différences entre gestion de portefeuille et gestion du risque. Pourquoi est-il important de comprendre cette différence essentielle ?

C'est vital. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai publié cet article. On dirait que le secteur de la gestion d’actifs suppose tacitement que gestion active et gestion passive vont respectivement de pair avec gestion active du risque et absence de gestion du risque. Ce n'est tout simplement pas nécessaire.

En d'autres termes, on estime actuellement que les fonds gérés de façon active mettent en œuvre également une gestion du risque active, à l'image d'un hedge fund, mais que les fonds indiciels n'ont pas de gestion du risque à proprement parler, car, évidemment, ils ne font qu'essayer de minimiser la Tracking error par rapport à leur indice.

« Mais un investisseur ne devrait-il pas toujours gérer le risque ? Quand votre portefeuille commence à perdre beaucoup d'argent, ne devez-vous pas commencer à prendre des mesures pour préserver sa valeur ? À l'inverse, et c'est là une question très importante, êtes-vous également prêt à replacer votre argent dans ces actifs risqués une fois passée la crise ? La plupart des gens sont très doués pour mettre leur argent en sûreté, mais ils oublient qu'il est tout aussi important de le remettre au travail lorsque les marchés reviennent à la normale. Bien trop souvent, le processus de transfert des actifs en réaction à une évolution des risques a lieu de façon instinctive et émotionnelle et non pas rationnellement. C'est là qu'intervient la gestion active du risque. Grâce à cette nouvelle définition d'un “ indice ”, il est maintenant possible d'être passif en termes d'alpha mais d'avoir une gestion du risque active. »

Andrew, quel niveau de personnalisation un indice peut-il atteindre ?

« Compte tenu de la technologie à notre disposition aujourd'hui, je pense qu’un indice peut littéralement être personnalisé au niveau de l’individu, et c'est nécessaire dans la mesure où aucun individu n'est identique à un autre. Même deux personnes du même foyer peuvent avoir des objectifs très différents, un grand-père et son petit-fils par exemple. C'est une situation où il faut vraiment tenir compte de la situation unique de chacun des membres du foyer, et nous disposons effectivement de la technologie informatique pour y parvenir. »

« Le principal obstacle vient du fait que nous n'avons pas encore la technologie financière. C'est donc ce sur quoi nous travaillons actuellement : obtenir les algorithmes adaptés qui nous permettront de personnaliser les produits en fonction de la situation unique, du profil psychologique et de l'état émotionnel de chaque investisseur individuel. Si nous y parvenons, nous nous approcherons encore plus du rêve de Marvin Minsky : parvenir un jour à construire un ordinateur qui pourrait être fier de lui ! »

 


Écrit le jeudi 16 juin 2016

Publié en juillet 2016

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www.alphasimplex.com

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